Installation et maintenance des Extincteurs

Description et cadre technique

extincteurs

Un extincteur est un appareil qui permet de projeter et de diriger sur un foyer d'incendie un agent extincteur. La projection hors de l'appareil est obtenue par l'effet d'une pression intérieure qui peut être due soit à la compression préalable de l'agent extincteur ou à la libération d'un gaz de chasse au moment de la mise en œuvre.

L'extincteur est essentiellement caractérisé en fonction de l'agent extincteur qu'il contient. 

On distingue : 

  • les extincteurs à base d'eau (pulvérisée, avec ou sans additif, et sous forme de mousse) ; 
  • les extincteurs à poudres BC ou ABC ; 
  • les extincteurs à dioxyde de carbone (CO 2 ).

Quelle que soit la nature de l'agent extincteur qu'ils contiennent, les appareils sont répartis en deux grandes catégories, en fonction de leur masse en ordre de marche :

  • les extincteurs portatifs dont la masse totale est inférieure ou égale à 20 kg, utilisables par toute personne en présence d'un début d'incendie ; 
  •  les extincteurs mobiles normalement montés sur roues qui peuvent être, soit tractables à bras, soit remorquables, soit à la fois tractables à bras et remorquables. Ce sont des appareils de première intervention susceptibles d'être mis en œuvre par un service de sécurité incendie.

Il existe aussi des extincteurs automatiques fixes individuels. 

Du point de vue quantitatif, la charge des appareils à base d'eau s'exprime en volume (litres) et celle des autres appareils en masse (kg). 

Les extincteurs sont également caractérisés par : 

  • leur efficacité, c'est-à-dire leur aptitude à éteindre, dans une ou plusieurs classes de feux déterminées, un foyer d'une importance définie ; 
  • leur durée totale de fonctionnement, c'est-à-dire le temps pendant lequel a lieu la projection de l'agent extincteur, sans qu'il y ait eu d'interruption dans la projection, la vanne étant totalement ouverte et l'émission du gaz de chasse n'étant pas prise en considération.

Marquage NF et identification

La conformité des extincteurs aux normes, dont le respect est obligatoire est garantie par une procédure de certification et se traduit par l'apposition sur le matériel de la marque NF - Extincteurs. Les normes se rapportant aux extincteurs sont les normes de la série EN 3.

Le marquage CE est obligatoire pour tous les extincteurs fabriqués depuis le 29 mai 2002. Il atteste de la conformité des appareils à la directive « équipements sous pression » transposée par le décret du 13 décembre 1999.

La couleur du corps de l'extincteur doit obligatoirement être rouge « incendie ». Les inscriptions sur l'extincteur doivent être en blanc sur fond rouge ou rouge sur fond blanc ; elles doivent être facilement lisibles, même lorsque l'extincteur est placé sur son support.

On distingue sur un extincteur cinq zones de marquage, chaque zone étant expressément réservée à un type défini d'inscriptions, la dimension des zones et des lettres utilisées étant elles-mêmes précisément définies : 

  • La partie 1 comprend : le mot « Extincteur », le type d'extincteur et sa charge nominale, ainsi que l'indication des foyers-types éteints (par exemple 55 A - 233 B ; le chiffre indique l'efficacité, la lettre précise la classe de feu). 
  • La partie 2 comprend : le mode d'emploi, qui doit comporter un ou plusieurs pictogrammes suffisamment explicites ; figurent également les pictogrammes représentant les classes de feux sur lesquelles l'extincteur peut être utilisé. 
  • La partie 3 indique les restrictions d'emploi et les dangers d'utilisation se rapportant en particulier à l'électricité et à la toxicité. 
  • La partie 4 comprend : 
    • la mention de recharger après usage, de vérifier périodiquement l'appareil et de n'utiliser pour le rechargement ou l'entretien que les produits et pièces de rechanges conformes au modèle ; 
    • l'identification de l'agent extincteur, sa masse ou volume, et notamment l'identification et la concentration des additifs pour les agents extincteurs à base d'eau ; 
    • la nature et la quantité du gaz auxiliaire ou, pour les appareils à pression permanente, la pression développée dans l'appareil à 20 °C ; 
    • le ou les numéros ou références de la certification et la référence du type du fabricant ; 
    • les températures limites et, le cas échéant, une mise en garde contre le gel.

La partie 5 comprend le nom et l'adresse du responsable de l'appareil.

Les parties 1, 2, 3 et 5 doivent figurer sur une même étiquette ou un même cadre.

Doivent également figurer, à un emplacement non prescrit : 

  • l'année de fabrication de l'appareil ; 
  • la date de la dernière visite par l'installateur ou le vérificateur ; 
  • l'estampille NF - Extincteurs et le marquage CE.

Les cartouches de gaz destinées à propulser les agents extincteurs doivent comporter l'inscription de leurs masses réelles à vide et à plein.

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Critères de choix et classes de feux

Les extincteurs doivent être impérativement adaptés à la nature des combustibles et aux risques encourus, ainsi d'ailleurs que l'exige la réglementation. Hormis cette règle essentielle, il y a lieu de tenir compte de certaines limitations d'emploi, du type de local, des conditions environnementales et éventuellement des inconvénients pour les personnes ou le matériel. En outre, s'agissant de la charge, le choix tiendra éventuellement compte du type de personnes appelées à les manipuler.

Les critères permettant de qualifier l'efficacité d'un extincteur ne sont applicables que moyennant une définition préalable des diverses classes de feux qu'il peut avoir à combattre. La norme NF EN 2 distingue cinq classes de feux :

Classe A

Ce sont les feux de matériaux solides, généralement de nature organique dont la combustion se fait normalement avec la formation de braises. Entrent dans cette catégorie : le bois, le papier, le carton, les tissus, certaines matières plastiques, comme le PVC...

Classe B

Ce sont les feux de liquides ou de solides liquéfiables ; leur combustion se fait sans formation de braise profonde. Entrent dans cette classe : l'essence, le pétrole, le fuel, les huiles, les graisses, les peintures, les solvants, les alcools, certaines matières plastiques courantes fréquemment utilisées en isolation (polystyrène, polyéthylène...), etc.

Classe C

Ce sont les feux de gaz (par exemple : méthane, propane, butane, gaz de ville, etc.).

Classe D

Ce sont des feux de métaux (aluminium, magnésium, uranium, sodium, potassium, etc. et leurs alliages). Ils nécessitent l'emploi de produits particuliers adaptés à chaque cas.

Classe F

Ce sont des feux d'auxiliaires de cuisson (graisses, huiles végétales et animales).

Ainsi, en fonction du type de feu qui risque de se déclarer, on sélectionnera l'agent qui aura le plus grand pouvoir extincteur.

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Détermination de l'efficacité d'un extincteur

L'efficacité des extincteurs est vérifiée sur la base de « foyers-types » définis par les normes. Les foyers sont caractérisés par la nature, la forme et la quantité de combustible utilisé. 

Les quantités de combustibles déterminées pour les essais sont de valeur croissante. Plus le chiffre est important, plus l'efficacité est élevée. 

Ainsi, l'efficacité extinctrice d'un appareil s'exprime par la désignation du ou des foyers-types qu'il peut éteindre, un chiffre précédant la lettre A ou B. Par exemple, pour les foyers-types B, le chiffre représente le volume de liquide en litres contenu dans le bac (volume composé de 2/3 de combustible sur 1/3 d'eau). 

L'efficacité d'un appareil sur les foyers de classe C est uniquement désignée par la lettre C. Il convient de noter que l'on ne peut éteindre un feu de gaz que si l'on peut aussitôt en couper l'arrivée. L'indication du ou des foyers-types pouvant être éteints par un extincteur figure sur son étiquetage, en plus du pictogramme de la classe de feu.

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Choix de l'agent extincteur

À chaque grande famille d'agents extincteurs correspond une (ou deux) classe de feu dite « préférentielle », soit celle pour laquelle il est le plus efficace ; corrélativement, il existe des restrictions d'emploi, voire des incompatibilités. 

L'eau 

L'eau agit sur le foyer essentiellement par refroidissement. Elle assure, de plus, la protection de l'opérateur vis-à-vis du rayonnement. Les appareils à base d'eau sont sensibles au gel, mais il est à noter que certains d'entre eux sont certifiés avec certains produits comme, par exemple des antigels ou des produits anti-corrosion. 

Des précautions doivent être prises à l'égard du risque électrique ; toutefois l'emploi de l'eau pulvérisée est possible sur une tension inférieure à 1 000 V avec des appareils qui le mentionnent expressément (se méfier de l'eau de ruissellement qui est, elle, conductrice). 

L'eau est présente sous trois « versions » : pulvérisée, pulvérisée avec additif, ou sous forme de mousse. 

L'eau pulvérisée

Elle est très efficace sur les feux de classe A (matières solides produisant des flammes et des braises) et la certification des appareils n'existe que pour ce type de foyer. 

L'eau pulvérisée avec additif 

Elle a une vocation plus large. L'additif est généralement un produit tensioactif qui, sur les feux de classe A, améliore l'efficacité de l'eau en augmentant son pouvoir « mouillant ». A la surface d'un hydrocarbure, il permet la formation d'un film étanche. Très efficace sur les feux de classe A, l'eau avec additifs peut donc être utilisée sur les feux de classe B lorsque l'appareil a également été certifié pour ce type de foyer. 

La mousse 

La mousse accroît la propriété d'étouffement de l'eau. Le mélange d'eau et « d'émulseur » augmente la tension superficielle de l'eau, conduisant avec l'air à la formation de bulles, au moyen d'un système de diffusion approprié. Efficace sur les feux de classe A, elle est particulièrement adaptée à l'extinction des foyers de classe B, surtout aux feux de liquide en nappe. A noter qu'il existe une catégorie d'émulseur permettant d'éteindre efficacement les feux de liquides polaires (alcools, éther, cétone, ...). La mousse est à proscrire dans les zones soumises à des températures élevées car elle se détruit.

Les poudres

Les poudres agissent en tant qu'inhibiteurs de flammes ; elles n'assurent pas le refroidissement du foyer et il est parfois nécessaire, après avoir abattu les flammes, de poursuivre l'extinction à l'eau. Elles présentent deux inconvénients majeurs : par l'opacité qu'elles génèrent, elles peuvent masquer le foyer et gêner l'évacuation. Elles sont également à proscrire en présence de mécanismes très sensibles et d'équipements électroniques. À noter que seuls les extincteurs à poudre peuvent être certifiés en classe C (feux de gaz). 

Il existe principalement trois types de poudres : 

  • les poudres ABC, ou « polyvalentes », sont composées de phosphate d'ammonium et d'additifs fluidisants et hydrophobes. Comme leur nom l'indique, elles sont efficaces sur les classes de feux A, B et C, pour lesquelles les appareils sont certifiés ; 
  • les poudres BC sont généralement à base de bicarbonate de sodium ou de potassium additionné de produits fluidifiants et hydrofuges. Comme leur nom l'indique également, elles sont efficaces sur les foyers de classe B et C ; 
  • pour l'extinction des feux de classe D (feux de métaux), il existe des poudres particulières, contenant souvent du graphite, du carbonate ou du chlorure de sodium, ... hydrofugés et fluidisés. Ces poudres sont uniquement utilisables sur ce type de foyers qui font généralement l'objet d'études spécifiques. 

Le dioxyde de carbone

Le gaz, utilisé comme agent extincteur, présente l'avantage de pouvoir être utilisé efficacement sur les appareils électriques (ainsi que le précise d'ailleurs la règle APSAD R4) et de ne pas causer de dommages notables consécutivement à leur utilisation sur le matériel. La certification des appareils ne porte que sur les foyers de classe B.

Le dioxyde de carbone (CO2) agit par privation d'oxygène (étouffement). La portée de l'appareil étant très faible, son utilisation nécessite une approche du foyer de moins d'un mètre. Les appareils sont certifiés pour les feux de classe B. Toutefois, ainsi qu'évoqué plus haut, ils conviennent aussi pour les feux d'origine électrique.

Certaines précautions sont à prendre :

  • la détente du gaz créant un froid intense, il convient de tenir correctement le tromblon par sa poignée isolante pour éviter les brûlures ;
  • le CO 2 ne doit pas être exposé à une température supérieure à 60 °C, eu égard au tarage de l'opercule de sécurité de l'appareil ;
  • sans qu'il y ait réellement danger de toxicité, compte tenu de la quantité de CO 2 émise, il est conseillé de ventiler le local dans lequel un extincteur a été vidangé.
A noter que l'effet du CO2 est limité à l'extérieur, surtout en cas de vent.
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La maintenance des extincteurs

Exigés par la réglementation dans les entreprises, les extincteurs portatifs sont des appareils, idéaux pour combattre un tout début d'incendie : leur portabilité permet une attaque immédiate avec toutefois en contrepartie une capacité limitée en agent extincteur. 

Leur efficacité dépend de plusieurs facteurs (compatibilité avec la classe de feu, utilisation correcte, emplacement, etc.) et de leur maintenance adéquate. Dans ce dernier domaine, la norme NF S 61-919 de juillet 2004 sur la maintenance des extincteurs d'incendie portatifs donne des directives concernant leur contrôle, leur entretien et leur révision en atelier.

La norme distingue deux types d'opérations de contrôle : 

  • les inspections qui peuvent être effectuées par l'utilisateur ; 
  • la maintenance qui doit être effectuée par une personne compétente.

L'inspection

Les inspections sont volontaires et doivent être effectuées à intervalle régulier : tous les trimestres et de préférence tous les mois. Les inspections sont réalisées par l'exploitant ou son représentant (employé de maintenance, du service de sécurité, etc.).

Il s'agit de vérifier que l'extincteur :

  • est à l'endroit indiqué ;
  • est accessible, bien visible et/ou signalé ;
  • porte un mode d'emploi lisible, orienté vers l'extérieur ;
  • n'est pas endommagé ;
  • a l'aiguille de son indicateur de pression (optionnel) dans la partie verte ;
  • comporte des scellés de sécurité qui ne sont ni brisés, ni manquants.

La maintenance

La maintenance doit être effectuée tous les ans par une personne compétente. Une tolérance de plus ou moins deux mois peut être admise. De même, ce laps de temps peut être raccourci notamment en raison d'exigences dues à l'environnement ou à des risques et des exigences réglementaires spécifiques. 

Les procédures de maintenance doivent être réalisées selon une périodicité détaillée et conformément à la norme NF S 61-919.

L'intervenant doit vérifier que l'extincteur est conforme aux réglementations en vigueur, qu'il n'est pas dangereux, que l'information destinée à son utilisation est lisible.

Il inscrit « vérifié » sur tout appareil qui, après vérification, maintenance, réparation, est apte à fonctionner.

Les informations sont reportées également dans un document (registres de sécurité ou de maintenance, bulletin de visite, etc.).

De même, il informe l'utilisateur des actions correctives réalisées. Si l'état de l'appareil n'est pas satisfaisant, il inscrit en majuscules et en toutes lettres « APPAREIL INUTILISABLE EN L'ÉTAT », suivi de la date et de sa signature. Il rédige un rapport à l'attention de l'utilisateur en signalant les problèmes et les actions correctives à envisager. Il le mentionne également dans son rapport.

L'utilisateur doit prévoir, pendant la période de maintenance, des mesures qui compensent la baisse temporaire du nombre des extincteurs (extincteurs de rechange, par exemple).

Des procédures de maintenance additionnelles sont également prévues par la norme.

Les extincteurs doivent être rechargés ou remplacés lorsqu'ils ont été partiellement ou totalement utilisés. Ce remplacement est à la charge de l'utilisateur et doit être effectué selon les procédures du fabricant. La mention « rechargé » et la date seront appliqués sur le corps de l'appareil.

La révision en atelier est une opération qui comprend le démontage total de l'appareil, le test et le remplacement des éléments défectueux, les essais de pression et le rechargement.

En cas d'utilisation d'eau, les éléments du système doivent être soigneusement séchés avant rechargement.

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